La puissance du câlin


C’est “abraso” en espagnol, “hug” en anglais,
En français j’aime pas trop, mais pas parce que c’est laid,
C’est juste l’image mentale qu’il y a derrière,
Comme si c’était réservé au gamin et sa mère,
Pour le nounours, le chaton, le doudou, le petit frère.
Pourtant, le câlin, il n’a pas d’âge, il n’a pas de frontière,
C’est pas uniquement pour les petits, bien au contraire.

Ils n’ont pas tous la même puissance,
Mais chacun à son importance :

Il y a le câlin du collègue qui voit ton désarroi
Et qui après un énième soupir, t’ouvre ses bras.
Toi tu t’y jettes, pleine de gratitude
Pour échapper à ce grand moment de solitude
Un peu surprise tout de même ; les câlins, c’est pas son habitude.

Il y a le câlin pour la famille,
Celui qu’on peut faire durer autant qu’on a envie,
Celui qui n’engage à rien,
Qu’on donne, qu’on prend juste parce qu’il fait du bien.

Il y a le câlin à une amie,
Celle qu’on n’a pas vue depuis une décennie,
Celle à qui on a tellement à raconter,
Le câlin comptant déjà pour la moitié,
Autant de paroles qu’on n’aura pas à échanger.

Il y a le câlin dont on rêve,
Celui qu’on passe et repasse dans sa tête sans trêve,
Que ce soit fantasme ou souvenir,
C’est celui qui nous empêche de dormir,
Celui qui nous réchauffe et nous laisse avec le sourire.

Il y a le câlin qu’on n’ose pas,
Une bise ou deux, on reste à distance d’un bras.
Qu’on se quitte ou qu’on se retrouve,
C’est toujours le même élan qu’on couve.
J’ai envie d’ouvrir mes bras et les tiens
Et de plaquer ton cœur contre le mien !
Mais nous les Belges, on est un peuple plutôt timide,
Pour nous, faire un câlin, c’est un peu comme se lancer dans le vide,
Les mains qui tremblent, le cœur qui bat,
Ce qu’on vient de faire relève de l’exploit.
Mais une fois qu’on y a goûté, on ne sait plus s’en passer,
C’est comme s’envoyer une petite dose de soleil d’été.

Et puis il y a le câlin que je préfère,
Je l’attends, je le redoute, parfois je m’y perds,
C’est un câlin qui est un peu plus rare,
C’est le câlin du départ.

Lui je ne sais pas le dire en rimes,
Je ne suis même pas sure de pouvoir le dire en mots.
C’est comme cette amie qui m’a dit, le regard noir :
« Je suis désolée, j’étais pas dispo, on n’a pas pu se voir. »
Et moi de la serrer fort dans mes bras :
« Je m’en fous ! mais je voulais te faire un câlin avant ton départ. »
Envolée toute cette semaine où on s’est croisées sans partager,
Il a suffi d’un seul câlin : enlacées le cœur dilaté,
Pour donner et prendre tout cet amour qui ne se dit pas avec les mots.
Quant au reste, les discussions, les explications, ça peut attendre, je suis patiente.

Ce câlin-là, il dure une éternité,
On est soudain conscients d’un espace-temps qui n’existe pas,
Impossible à voir, impossible d’en parler, mais tout d’un coup il est là.
Comme si tout mon corps avait été fait pour accueillir le tien.
Maintenant je sais pourquoi la nature nous a dotés de bras,
C’est pour sceller cet espace sans mots,
Amour, tendresse, puissance, douceur,
Dans une danse immobile entre nos deux cœurs.
Un rien s’échappe le long de mon cou
Chuchote au creux de ta nuque
Secret lové dans tes cheveux.

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