Ode au progrès

Au tout début, les humains ne vivaient que pour s’alimenter
Pour s’abriter du vent, du froid, pour se protéger
On appelait ça la survie : premières nécessités

Maintenant on s’enferme dans nos boites surchauffées
On peste quand à la fin de la journée faut encore faire à bouffer
On appelle ça l’absurdité.

Ils passaient tout l’été à se chercher à manger,
Nous on en n’a plus besoin, on a les supermarchés
Ils passaient tout l’hiver à fabriquer des paniers,
Nous on en n’a plus besoin, on se les fait importer.

Ils apprenaient des ainés, ils avaient le sens inné de l’observation,
Nous on l’a plus alors on a inventé l’école, l’Éducation.
18 ans de ta vie, assis le cul collé à une chaise,
Et on s’étonne de tous ces gosses qui deviennent obèses ?
Apprendre à tanner des peaux, c’était ptet pas Byzance,
Mais vous croyez qu’ils se la posaient, eux, la question du sens ?
Nous on met l’accent sur l’état inquiétant de l’ignorance
Et on s’étonne qu’il y ait de plus en plus de violence
Eux ils clamsaient s’ils savaient pas se servir d’une lance,
Je peux vous dire qu’ils avaient pas de problème pour acquérir des compétences.
« Dis maitresse, quand c’est qu’on apprend la chasse aux rennes ?
Ah non, pas cette année, ya pas d’évaluation externe ! »
« Mais madame, j’arrive pas à me concentrer, je suis fou amoureux d’une fille
Allez, sors-toi ça de la tête, l’école c’est important, c’est pour préparer à la vie ! »

Quand ils étaient malades, ils allaient chercher des plantes, faisaient des décoctions,
Nous on prend rendez-vous, on se fait des injections,
Quand c’est grave, on va à l’hosto, opération à cœur ouvert,
Eux quand c’est vraiment grave, ils s’en remettent à la Terre Mère.
Eux ils avaient de plus courtes vies,
Mais nous c’est mieux, nous, on a l’euthanasie.

On a été tellement loin dans le progrès qu’on ne sait même plus pourquoi on progresse
Ptet qu’à la base, le progrès c’était pour se permettre un peu de paresse,
Plus on a perfectionné nos outils, plus on a eu de temps pour
Penser à comment on pourrait perfectionner nos outils pour
Passer moins de temps à des choses vitales,
Passer plus de temps à des choses « moins banales »
On s’est mis à rêver,
Et on s’est mis à créer
Puis on s’est mis à progresser
Et on s’est mis à prospérer,
À accumuler, à protéger, à garder, à comparer,
À rentabiliser, à comptabiliser.

On a progressé pour avoir plus de temps libre et plus de confort,
Mais y’en avait jamais assez et maintenant y’en a plus, quelle ironie du sort.

Pourtant les besoins primaires sont restés les mêmes,
Entre le temps des cavernes et l’époque contemporaine
Sauf que dans une de nos journées trop chargées,
Entre le bus, 12 :30, la fin des cours et le souper,
On a juste le temps de courir et de survoler
Je me demande même comment on trouve encore le temps d’aimer…

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