Depuis des siècles,
depuis des millénaires
l’humanité a construit un engrenage
mine de rien.
Rouage après rouage
l’homme a construit une machine
capable de l’auto-détruire.
Pourtant,
siècle après siècle,
rouage après rouage,
cet engrenage a pris force de vérité
jusqu’à nous faire croire à son histoire.
Une histoire
d’une seule langue
une seule couleur
un seul genre
une seule valeur.
Mais cette histoire
qui a brûlé des peuples, des femmes et des croyances
qui a effacé toutes les divergentes
qui a hurlé, battu, tranché
bourré, volé et tant pensé
et qui finit toute étriquée
appauvrie jusqu’à l’arrogance,
moi,
je n’y crois plus.
Moi,
je veux déterrer toutes les autres
depuis le fin fond de la Terre
depuis le fin fond de mon âme
où elles se sont toutes enfouies
patientes, confiantes
de n’être jamais oubliées.
Je veux aller les glaner
une par une
dans les recoins oubliés
méprisés
les tenir au creux de ma paume
et les mettre tout contre mon oreille
pour écouter tous leurs secrets.
Je veux me lever le matin
et les chercher dans la forêt
habillées de dentelles de feuille morte
je veux les trouver dans l’ombre d’une main qui se resserre
sur une pierre chaude de falaise
je veux les entendre autour du feu
parmi les chants et les tambours
dans un village de poussière
je veux les apercevoir dans le brouillard derrière les larmes
et le cœur qui saigne dans les cendres
je veux m’en souvenir
au pied d’un rituel
au pied d’un menhir
au pied d’une prière.
Toutes ces histoires qui ont été effacées
J’ai besoin d’elles pour exister.
Il n’y a rien à réinventer
il suffit de se souvenir
qu’elles sont juste là
juste au fin fond de la Terre
juste au fin fond de nos âmes,
il suffit de se souvenir
comment c’est qu’on veut l’habiter
ce monde.
01/08/2023